Quitter la rue Saint-Denis
En septembre 1931, le chantier de l’Université de Montréal s’arrête. Pendant les dix années suivantes, le grand bâtiment demeure inachevé sur le mont Royal; les travaux ne reprennent qu’en juillet 1941.
Avant de monter sur la montagne, l’Université occupe des locaux de la rue Saint-Denis. Des incendies en 1919 et en 1923 renforcent le besoin d’un immeuble neuf. Le 22 mai 1922, la Ville lui donne des terrains sur le flanc du mont Royal. On recherche un lieu aéré et éloigné du bruit, en s’inspirant du campus américain.
Ernest Cormier reçoit la conception du projet. Architecte et ingénieur, il rassemble les facultés et les écoles dans un bâtiment compact, plutôt que de les distribuer immédiatement entre plusieurs pavillons. Un hôpital universitaire fait aussi partie du programme. Ce choix organise autour d’une tour les ailes destinées à des fonctions différentes. Les laboratoires et l’enseignement scientifique occupent une place importante dans l’ambition de cette université francophone.
Un édifice interrompu
Les travaux commencent en 1928. Mais construire cet ensemble demande des sommes que l’Université ne peut plus réunir. Le 23 septembre 1931, malgré les subventions du gouvernement du Québec, son comité exécutif suspend le chantier. Le futur pavillon n’est donc pas le résultat d’une construction continue : sa silhouette reste longtemps celle d’un projet en attente de financement et d’achèvement.
La reprise arrive en juillet 1941. En août 1942, l’Université quitte la rue Saint-Denis pour la montagne; l’inauguration officielle du bâtiment principal suit le 3 juin 1943. Un concert clôt cette journée de cérémonie. Le nouvel édifice connaît aussi une activité moins publique pendant la guerre : de 1943 à 1945, des scientifiques alliés travaillent dans son aile ouest sur un réacteur nucléaire à eau lourde.

Le béton et les usages
Cormier emploie le béton armé pour la structure et la brique pour le parement. La brique Belden vient de l’Ohio. À l’extérieur, les lignes verticales de la tour répondent aux ailes plus horizontales. Le plan conserve une organisation issue des Beaux-Arts, mais les volumes et les motifs géométriques lui donnent une expression moderne. Réservoirs d’eau, escaliers et ascenseurs participent au dessin de la silhouette au lieu de rester de simples équipements cachés.
Toutes les fonctions prévues ne trouvent pourtant pas leur place. Le projet d’hôpital universitaire dans les ailes ouest est reporté, puis abandonné. Cette différence entre le programme initial et l’usage réel explique aussi le pavillon : il faut regarder ce que Cormier voulait réunir et ce que l’Université y a finalement installé. L’édifice a été conçu pour des besoins multiples, tandis que l’institution poursuivait sa croissance autour de lui.

Monter au pavillon aujourd’hui
Le bâtiment principal porte aujourd’hui le nom de pavillon Roger-Gaudry. Les espaces de cérémonie, notamment le hall d’honneur et l’amphithéâtre, conservent un décor associé à l’Art déco. Colonnes de marbre et luminaires circulaires donnent au hall une échelle différente de celle des salles de travail. À côté des besoins scientifiques et pratiques, Cormier a aussi dessiné les lieux où l’Université se représente et reçoit.
Dans Côte-des-Neiges, la tour reste un repère au-dessus du campus. Pour rejoindre le pavillon, les étudiants utilisent notamment la rampe mécanique accessible depuis la fin des années 1960; les premiers usagers devaient emprunter un escalier de bois. Depuis le boulevard Édouard-Montpetit, cette montée permet encore de mesurer la pente qui sépare la rue du bâtiment. Le chantier longtemps immobile est devenu un lieu que l’on rejoint chaque jour pour étudier et travailler.
